Gastronomie : Pourquoi tout le monde parle de « Sabo », la nouvelle table de Jean-François Piège au Selman
C’est la rumeur qui enflammait la ville depuis quelques semaines. Entre deux chuchotements au bord des piscines de l’Hivernage et les discussions feutrées des dîners en ville, une question revenait : « As-tu testé Sabo ? ».
Marrakech n’avait pas besoin d’un énième restaurant « international » sans âme. En revanche, elle attendait désespérément qu’un grand nom de la cuisine française vienne dialoguer sincèrement avec son terroir. C’est désormais chose faite au Selman Marrakech, où le chef doublement étoilé Jean-François Piège vient d’inaugurer « Sabo ».
Pourquoi est-ce soudainement The Place to Be ? On a posé nos couverts (et notre curiosité) dans ce décor signé Jacques Garcia pour comprendre le phénomène.
La Rencontre : Un Chef et un Palais
Le Selman a toujours eu une place à part dans la cartographie du luxe marrakchi. C’est ce palais singulier, vibrant, hanté par la beauté des pur-sang arabes qui y résident. Il manquait à ce décor théâtral une partition culinaire à la hauteur.
L’arrivée de Jean-François Piège n’est pas un simple « consulting » de façade. Le chef, connu pour sa technicité obsessionnelle (les fans de Top Chef connaissent son exigence), est un amoureux du Maroc. Avec Sabo, il ne cherche pas à faire du couscous revisité, ni à copier-coller sa carte parisienne. Il propose une troisième voie : une cuisine de l’instant, brute, maîtrisée, centrée sur le feu et la matière.
Dans l’Assiette : La « Cuisine de Vérité »
Pourquoi « Sabo » ? Le nom claque, court et mystérieux. Il évoque le sabot des chevaux, omniprésents ici, mais aussi une certaine rusticité noble.
Le concept repose sur une idée chère à Piège : les Mijotés modernes et la Grillade d’exception.
Oubliez les émulsions inutiles. Ici, on célèbre le produit local sourcé avec une rigueur maniaque.
- Le Feu : La cuisson à la braise est au cœur du réacteur. Que ce soit une belle pièce de bœuf ou des légumes de l’Atlas, le goût fumé vient signer l’identité du plat.
- La Touche Piège : On retrouve ses codes — la concentration extrême des goûts. Les sauces ne sont pas des accompagnements, ce sont des essences.
- Le Twist : Une carte qui ose la simplicité apparente. Une volaille rôtie à la perfection, servie dans un plat en cuivre, à partager. C’est convivial, c’est généreux, c’est l’anti-snobisme par excellence, mais exécuté avec une précision chirurgicale.
L’Atmosphère : Voir et Être Vu (mais avec élégance)
Si l’assiette convainc les gourmets, l’ambiance, elle, attire le « Tout-Marrakech ».
Le décor prolonge l’âme du Selman : velours profonds, lumières tamisées, et cette vue imprenable sur les jardins et les écuries.
Le soir, l’atmosphère change. Ce n’est pas guindé. C’est ce qu’on appelle le « Casual Grandiose ». On y croise des résidents de la Palmeraie, des créateurs de mode de passage et des couples en quête d’intimité. Le service est un ballet bien réglé, présent mais jamais pesant, loin de la rigidité des vieux palaces.
Pourquoi ça marche ?
Le succès de « Sabo » repose sur un constat simple : Marrakech a changé. La clientèle, de plus en plus exigeante, ne veut plus seulement du spectacle ; elle veut bien manger. Vraiment bien.
Jean-François Piège apporte cette caution de crédibilité gastronomique. Il ne joue pas à l’exotisme, il joue la justesse. C’est une cuisine lisible, franche, qui rassure autant qu’elle surprend.
Le Verdict de Marrakech Inside
Est-ce que ça vaut le prix ? Oui. L’addition est celle d’un 5 étoiles, évidemment, mais la qualité du sourcing et l’expérience globale justifient l’investissement pour un dîner d’exception.
Le conseil de la rédac’ : Réservez une table en terrasse au printemps ou en automne pour profiter de la douceur nocturne. Et ne faites pas l’impasse sur les desserts ; Piège a toujours eu le génie de transformer le sucré en souvenir d’enfance.
Sabo au Selman Marrakech
Km 5, Route d’Amizmiz, Marrakech
Réservation impérative (plusieurs jours à l’avance pour le weekend).
Dress code : Chic décontracté.