Sécheresse au Maroc : Les solutions d’urgence adoptées par le gouvernement pour sécuriser l’eau potable

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Sous le ciel d’un bleu immuable de Marrakech, les sommets de l’Atlas, d’ordinaire poudrés de blanc, affichent cette année une mine aride qui inquiète les initiés. Le murmure des fontaines dans les patios des riads semble soudain plus précieux, presque sacré. Le Maroc traverse sa sixième année consécutive de sécheresse, une situation inédite qui pousse le Royaume à transformer radicalement sa gestion de « l’or bleu ». Entre mesures de restriction drastiques et chantiers pharaoniques, voici comment le gouvernement tente de sécuriser chaque goutte d’eau pour les habitants et les visiteurs de la Ville Ocre.

Le stress hydrique au Maroc : Pourquoi la situation est-elle critique ?

Ici, à Marrakech, la question de l’eau n’est pas qu’une statistique ministérielle, c’est une réalité sensorielle. Le niveau des barrages qui alimentent la région d’Al Haouz a atteint des seuils d’alerte rouge, flirtant parfois avec les 20 % de leur capacité globale. Cette crise n’est pas seulement due à un manque de pluie ; elle est le résultat d’un changement climatique qui frappe de plein fouet l’Afrique du Nord, couplé à une pression démographique et touristique croissante.

Camel

Contrairement aux années passées, la réponse de l’État n’est plus à la simple sensibilisation, mais à l’action d’urgence. Cette situation influence d’ailleurs indirectement l’impact de la hausse des prix sur le quotidien des Marocains, car l’eau est le premier intrant de notre agriculture et de notre économie locale.

Les 3 piliers du plan d’urgence gouvernemental

1. Les « Autoroutes de l’eau » : L’interconnexion des bassins

C’est la mesure la plus spectaculaire. Le gouvernement a lancé en un temps record des projets d’interconnexion entre les bassins hydrauliques. L’idée est simple mais colossale : acheminer l’excédent d’eau du bassin du Sebou (au Nord) vers le bassin du Bouregreg afin de sécuriser l’eau potable pour l’axe Rabat-Casablanca, soulageant ainsi les autres barrages qui peuvent alors desservir les régions plus au Sud comme Marrakech.

Scenery in the Atlas Mountains in Morocco.

2. Le dessalement de l’eau de mer à grande échelle

Le Maroc se tourne résolument vers l’Océan Atlantique. Avec la future station de dessalement de Casablanca (la plus grande d’Afrique) et le renforcement de celle d’Agadir, le pays vise à produire plus de 1,3 milliard de m³ d’eau traitée par an d’ici 2030. Pour Marrakech, cela signifie une dépendance moindre vis-à-vis des eaux de surface, souvent évaporées par le soleil brûlant du Haouz.

3. La rationalisation et les restrictions locales

Vous l’avez sans doute remarqué si vous vivez ici : les mesures de police de l’eau se multiplient. Le gouvernement a imposé :

  • La fermeture partielle des hammams et des stations de lavage de voitures (trois jours par semaine dans de nombreuses préfectures).
  • L’interdiction d’arroser les espaces verts publics et les golfs avec de l’eau potable (utilisation obligatoire des eaux usées traitées).
  • La réduction de la pression sur le réseau de distribution durant les heures creuses pour limiter les fuites.

Les « Insider Tips » de la rédaction : Vivre avec la restriction

En tant qu’insiders, nous voyons la ville s’adapter avec résilience. Voici ce qu’il faut savoir pour naviguer dans cette période de transition écologique :

  • Le rituel du Hammam : Si vous êtes un adepte de l’art du Hammam Beldi, vérifiez les jours d’ouverture. En général, les établissements ferment du lundi au mercredi. C’est l’occasion de privilégier les spas privés qui utilisent des systèmes de recyclage d’eau.
  • Jardinage conscient : Pour ceux qui cherchent à créer un oasis vert à Marrakech, il est temps de passer au « Xéropaysagisme ». Remplacez vos gazons gourmands par des plantes succulentes, des cactus et des oliviers centenaires qui célèbrent la beauté du climat aride.
  • Le bon geste : Un résident averti sait que l’eau du robinet est précieuse. Installer des mousseurs sur ses robinets n’est plus une option, c’est un devoir civique dans la Ville Ocre.

Où en est Marrakech précisément ?

La ville de Marrakech bénéficie d’un suivi particulier. La station de traitement des eaux usées (STEP) de la ville est l’une des plus performantes du pays, permettant d’arroser la majorité des golfs et de la palmeraie sans puiser dans les réserves d’eau potable. Le quartier de la Palmeraie et les nouveaux jardins de l’Hivernage sont les premiers laboratoires de cette gestion circulaire.

FAQ : Tout savoir sur la crise de l’eau au Maroc

Q : Quel est le budget alloué au programme national de l’eau ?
R : Le programme national pour l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation (PNAEPI) dispose d’un budget colossal de 143 milliards de dirhams sur la période 2020-2027 pour sécuriser les ressources du pays.

Q : Les touristes sont-ils affectés par les coupures d’eau ?
R : Actuellement, les grands hôtels et les zones touristiques ne subissent pas de coupures directes, mais ils sont soumis à des quotas stricts et à une obligation de sensibilisation de leur clientèle pour éviter tout gaspillage.

Q : Quelle est la meilleure période pour espérer des pluies au Maroc ?
R : Historiquement, les mois de novembre, décembre et mars sont les plus pluvieux. Cependant, les cycles deviennent irréguliers, rendant les solutions technologiques comme le dessalement indispensables.

Conclusion : Vers un nouveau modèle de résilience

La sécheresse au Maroc n’est plus une crise passagère, mais un changement structurel auquel le gouvernement répond par une ingénierie de pointe. En tant qu’amoureux de Marrakech, adopter une consommation responsable est le plus bel hommage que nous puissions rendre à cette terre de contrastes. La Ville Ocre a toujours su dompter l’eau, depuis les Khettaras médiévales jusqu’aux stations de dessalement modernes.

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